Celui qui dit que le gris est une couleur triste n'a sans doute jamais vu le jour se lever sur un village aux toits de lauzes...

Toits de lauzes en Périgord

Qu'elle s'appelle "lauze" dans le Massif Central, en Corse ou dans les Alpes ou "lave" en Bourgogne et dans le Jura, la pierre (généralement du schiste) est un élément de couverture qui contribue fortement à l'identité des villages de nos régions. Utilisée depuis des millénaires – l'étymologie nous apprend que sa racine est celtique – la lauze est le parent pauvre de l'ardoise. Simple caillou travaillé par la nature, elle a généralement été ramassée à proximité du bâtiment qu'elle protège et mise en œuvre sans façonnage. Son poids au mètre carré oblige à un gros travail de charpente, à moins qu'elle ne vienne couronner une petite construction entièrement faite de pierres sèches comme la borie ou le buron des Pays d'Oc.

Fleuron de nos paysages ruraux, elle représente hélas de plus en plus, dans le même temps, un vestige de nos sociétés paysannes. Alors qu'elle était jadis le toit du pauvre, fait avec les moyens du bord, elle est aujourd'hui réservée à des amateurs au portefeuille bien garni. Du coup, le gris mais chaleureux toit de lauzes est souvent remplacé par une couverture de tuiles mécaniques dont les tons orangés ne font que souligner la triste obscénité.

Alors, avant que l'uniformisation de nos toitures ne soit irréversible, allez donc faire un tour sur les bords de la Dordogne et découvrez, au sortir d'un de ses méandres, l'un de ces joyaux issus de la sueur et du génie de nos ancêtres que sont les villages du Périgord noir, aux toits de lauzes... bien entendu.

3 commentaires

  1. GRAFF sur 2 mai 2016 à 18:50

    Le Périgord noir le dernier refuge des loups.

  2. Bourbonnaise sur 5 mai 2016 à 10:55

    Merci pour cet article. C’est vrai que la lauze, notamment dans le Cantal (que je connais bien) est un élément caractéristique des paysages ruraux !

  3. Licorne sur 5 mai 2016 à 12:07

    Ahahah ! Excellent : « la triste obscénité » en question (le terme est parfait !), s’applique désormais à la totalité des campagnes françaises rongées jusqu’à l’os par le cancer pavillonaire et son ensemble d’ aménagements normalisés de type banlieues industrielles. Je suggère aux « architectes » de se suicider en masse devant un tel naufrage !

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