L’année 2015 fut celle du millénaire de la cathédrale de Strasbourg. C’est en effet en l’an 1015 que fut posée sa première pierre, ce qui ne nous rajeunit pas …

De nombreux dons de l’empereur Henri II en permirent l’édification ainsi que les legs des abbayes de Saint-Étienne à Strasbourg et de Schwarzbach sur la rive droite de l’évêché.

La date de l’an 1015 est mentionnée dans une ancienne chronique, rédigée au XIIe siècle:
« Anno Domino 1015, Monasterium Sancte Marie in Argentina surgit primo a fundatione sua ». (Annales de Marbach, XIIe siècle).

L’édifice est alors, de par ses dimensions, l’une des plus imposantes cathédrales du Saint Empire Romain Germanique: Préfiguration de la Jérusalem Céleste descendue du Ciel sur la terre lors de l’Apocalypse.

Ce fut l’évêque Werner qui en entreprit la construction : Werner était un homme de haute culture, passionné de géométrie:
Il léguera à sa mort d’importants manuscrits à la bibliothèque de la cathédrale.
Le nouvel édifice s’érige très probablement sur les ruines d’un précédent, car l’existence de fondations romanes à différents endroits a été mise en lumière par des fouilles réalisées au XIXe siècle et au XXe siècle : En 1835 par l’architecte Félix Fries. En 1907-1908 sous la direction de l’architecte Johann Knauth. En 1959 par Étienne Fels et enfin de 1967 à 1972 par Jean-Jacques Hatt, François Pétry et Erwin Kern.

La grande rigueur géométrique de ces fondations suppose un tracé régulateur : Hypothèse permise par les vastes connaissances de l’évêque Werner en matière de géométrie.

Nos aïeux bâtisseurs ont dû pour l’occasion en baver …. La nature argileuse et marécageuse du sol à cet emplacement a nécessité en effet l’emploi d’un réseau dense de pieux fichés en terre : Chêne ou Aulne. Le but étant de renforcer et de stabiliser le sol sous les fondations afin de leur offrir une assise solide.

Les fondations à proprement parler, en grossiers moellons de grès, ont, quand à elles une hauteur comprise entre 4 et 7 mètres ! Ce qui est évidemment nécessaire au regard des dimensions et de la masse colossale de la cathédrale…

… On peut rester rêveur en pensant à ces pieux de chêne et d’aulne immergés depuis mille ans dans les nappes aquifères du sous-sol alsacien et supportant toujours sans broncher les milliers de tonnes de murailles et de dentelles de pierre défiant le temps …

Nos courageux ancêtres étaient alors loin de se douter que leurs descendants feraient des « charpentes agrafées » et des meubles en carton.